L’Aa – histoire, parcours, canalisation et rôle du “premier fleuve de France” dans le développement de Saint-Omer

Quel cruciverbiste ne connait pas l’Aa, le « premier fleuve de France » ? En effet, ce petit fleuve côtier du Nord de la France est bien connu du monde des mots croisés.

Ce fleuve du Nord de la France (Hauts de France) se situe à cheval sur deux département, le Nord et le Pas-de-Calais. Ce dernier naît à Bourthes (62), traverse Saint-Omer et se jette dans la mer du Nord à Gravelines.

Pourquoi ce fleuve s’appelle-t-il « Aa » ?

Difficile de répondre à cette question. Les écrits datant du début du Moyen Age (7ème siècle) mentionne les noms Agnona, puis Agniona et Ennena au XIXème siècle voir Enula au Moyen Age. Mais Aa pourrait vraisemblablement venir du vieux néerlandais Aha signifiant eau…

 

Le parcours de l’Aa

Sur l’une de ses portions, l’Aa sert de frontière naturelle entre le Nord et le Pas de Calais. L’Aa prend sa source dans le boulonnais à Bourthes. La toponymie de ce petit village est en elle-même significative : l’ancien germanique burthim signifiait en effet « village de la source ». Ses principaux affluents sont le Bléquin, le Thiembronne.

Photographie de l'Aa, dans son état sauvage à Wavrans-sur-l'Aa
L’Aa, fleuve arrosant l’audomarois ainsi que la Flandre maritime. Portion non navigable à Wavrans-sur-l’Aa

 

Entre Bourthes et Arques, l’Aa n’est absolument pas navigable. Elle présente en effet un aspect sauvage. C’est entre Lumbres et Arques, dans la vallée de l’Aa, qu’elle formera un coude très prononcé, expliqué par un accident géologique. L’eau y est courante, et pour cause : en 40 km, ce fleuve passe de 122 mètres d’altitude à 11 mètres à Arques.

Au niveau d’Arques, l’Aa devient navigable. Autrefois, l’ascenseur à bateau des Fontinettes permettait aux bateaux de franchir un important dénivelé de près de 10m. Aujourd’hui hors service, c’est un jeu d’écluses qui permet de relier le fleuve au canal de Neufossé.

Ce dernier traversait la ville de Saint-Omer, jadis, en contournant ses fortifications et en passant par les faubourgs de Lyzel et du Haut-Pont. Aujourd’hui, le canal historique n’est plus emprunté, un canal Grand Gabarit ayant été creusé durant les années 50. Ce dernier passe non plus par la ville, mais par le marais de Saint-Omer et de Clairmarais.

Ainsi, l’Aa traverse Saint-Omer mais irrigue dans son passage les marais audomarois, énorme zone humide de 3700 hectares s’étendant sur 15 communes et comportant 700 km de rivières dont 170 navigables !

L’Aa traverse ainsi cette zone et en ressort par le goulet de Watten. Démarre ainsi la Basse Aa, canalisée, qui traverse la Flandre maritime pour se jeter dans la mer du Nord à Gravelines.

L’Aa canalisée

Sur son parcours, l’Aa présente plusieurs canaux et se subdivise à deux reprises. À Blendecques, près d’Arques, l’Aa se sépare entre la Haute Meldyck et la Basse Meldyck, fruit des premiers travaux de canalisation du Moyen Age. Tous deux rejoignent le canal de Neufossé. Ce dernier canal fut créé au XIème siècle dans un but défensif. Il rejoint l’Aa à la Lys et s’étend sur une longueur de 18km.

Au niveau d’Arques et de Saint-Omer, notons que le canal de Neufossé se divise également. L’un n’est plus qu’un bief : il s’agit du canal historique. L’autre constitue le canal Grand Gabarit. Ces deux portions se rejoignent à la sortie de Saint-Omer, et continuent d’irriguer le marais audomarois et ses centaines de watergangs. Il croisera le chemin de la Houlle, rivière-affluent donnant son nom à un village du marais audomarois, avant de passer le goulet de Watten-Eperlecques. Là, l’Aa entre dans la plaine de la Flandre maritime. Nous sommes à l’endroit de l’ancien delta de l’Aa. Le fleuve se sépare alors en trois branches : le canal de la Haute-Colme part vers Dunkerque, un canal part vers Calais et l’Aa canalisée continue sa course vers Gravelines.

Le faubourg du Haut Pont à Saint-Omer - Bief de l'Aa

L’Aa, une richesse pour l’Audomarois

C’est grâce à l’Aa que Saint-Omer devint au Moyen Age une ville portuaire très riche. Les bateaux arrivaient en effet jusqu’au vainquai et le quai du Haut-Pont pour charger et décharger d’innombrables marchandises, dont du sel, du poisson, de la laine (Saint-Omer était une grande cité drapière) mais aussi du vin. La ville de Saint-Omer constituait ainsi, grâce à l’eau et aux bateaux, une très grande puissance européenne, expliquant la présence d’un riche patrimoine tel que l’ancienne abbaye et la cathédrale.

L’Aa a vu également fleurir sur son cours de nombreux moulins et, à partir du XIXème siècle, des papeteries, des tanneries, une cimenterie (Lumbres) et une verrerie (Arques).

Photo de la place de la ghière dans les faubourgs de Saint-Omer
Place du Haut-Pont, Faubourgs de Saint-Omer

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