Histoire de la rue de Dunkerque à Saint-Omer

La rue de Dunkerque s’affirma dès le Moyen Âge comme l’un des axes les plus vivants et les plus commerçants de la ville. La réputation de la « Tenne rue », comme nous l’appelions jadis, traversa les siècles sans être écornée. Aujourd’hui encore, ce sont toujours les commerçants qui donnent vie à ce quartier incontournable du centre-ville ! Risquons-nous à entreprendre un voyage dans le temps… L’histoire de cette rue vaut bien le détour !




Du Moyen Âge au 19ème siècle…  Des enseignes ont marqué l’histoire

En raison de sa position, il est peu surprenant que la rue de Dunkerque connut une rapide prospérité ! Elle reliait en effet dès le Moyen Âge, la place du Grand Marché, où était installé le bailliage et la halle échevinale, au quai du Haut-Pont, important port fluvial où étaient débarquées chaque jour des tonnes de marchandises.

Imaginons cette longue voie pavée sur laquelle débouchaient de nombreuses ruelles inégales et bordées de façades variées et pittoresques. La rue de Calais s’appelait alors « rue des bouchers », la place Suger ne constituait qu’un amas de venelles et de courées jusqu’au XVIIIème siècle, les fortifications ceinturaient la « ville aux beaux clochers », comme aimait à le dire Froissart… Imaginons également les charrettes arpentant la chaussée, apportant victuailles, matériel de construction et marchandises aux multiples ateliers, échoppes, hostelleries et halles où se réunissaient les corporations… Des centaines d’enseignes s’étalaient le long de la rue, bon nombre ont marqué la chronique, quelques-unes la pierre … En effet, certaines enseignes sont encore visibles aujourd’hui. C’est le cas pour l’Aignel marquant l’angle de la rue de Dunkerque et de la rue Saint-Sépulcre, ou le Mouton d’Or du n°25, enseigne restaurée au XVIIIème siècle par les frères Piette, ayant à leur actif le splendide buffet d’orgue de notre cathédrale. Citons également le cabaret de la Lune à l’entrée de la rue Robert le Frison, ou encore l’hostellerie du bateau d’Hollande au numéro 127, maison de l’héroïne Jacqueline Robins qui aurait sauvé Saint-Omer assiégée au XVIIIème siècle en acheminant en catimini vers le port des bélandres chargées d’armes.

Vieille enseigne – Au mouton d’or – Rue de Dunkerque Saint-Omer

La rue de Dunkerque au XXème siècle

Durant les révolutions industrielles successives, Saint-Omer poursuit son développement. Grâce à l’implantation de la première gare en 1848, le secteur maraîcher connait une croissance phénoménale, le tourisme également. Une véritable course vers le progrès s’engage : le démantèlement des remparts permet à la ville de s’étendre, les rues se dotent de réverbères alimentés par l’usine à gaz, puis par l’électricité… La voiture se démocratise… Le commerce au début du XXème siècle est alors florissant !

Au sortir des heures sombres de la seconde guerre mondiale, le troisième et le dernier quart du XXème siècle ont marqué l’histoire de la rue de Dunkerque, et bon nombres de commerçants ont saisi les opportunités offertes par les nouveaux modes de consommation des trente glorieuses et les technologies naissantes. Nous pouvons affirmer, sans que l’on puisse nous reprocher une quelconque exagération, que ces commerçants ont largement contribué au développement et au rayonnement du « nouveau Saint-Omer » de l’après-guerre.

Ces acteurs du commerce de proximité, redoublant d’astuce et d’audace pour attirer le chaland, ont marqué l’histoire contemporaine de la rue. Qui ne se rappelle pas, par exemple, des vitrines de Mr et de Mme Beyaert, animant le magasin de décoration durant les fêtes ? Les décors grandioses créés par ces commerçants avec l’aide de leur équipe, en particulier de Mme Cappel, couturière de talent, attiraient chaque année des milliers de personnes et émerveillait les enfants ! Derrière la vitre de la devanture, nous pouvions admirer tantôt un paysage de montagne, une cuisine flamande des années 1920, des tableaux vivants avec de petits animaux ou des scènes aux couleurs de l’Inde… De la même manière, Mr Warembourg était indissociable du paysage audomarois, en raison de son célèbre magasin de vêtements et de son rôle actif au sein de l’USSO, qu’il présidait. Citons enfin « Le Pub » qui réunissait toutes les générations dans une ambiance festive avant que son propriétaire, un certain Mr Coppey, ne décide de marcher sur les traces de son père et de sa grande tante, fondateurs du cinéma de Bourbourg. Il fit tout d’abord l’acquisition du REX et transforma rapidement la salle de projection en multisalles avant de poser les premières pierres d’un complexe dernier cri à l’emplacement de l’ancienne gare routière… La suite, tous les audomarois la connaissent !

Les anciennes grandes galeries de Saint-Omer

La rue de Dunkerque aujourd’hui

Bien des souvenirs de ces différentes époques peuplent la rue de Dunkerque d’aujourd’hui et, lorsque ceux-ci sont évoqués, une question se lit sur toutes les lèvres : le commerce de proximité n’appartient-il pas à une époque d’ores et déjà révolue, à l’image de la belle et ancienne devanture en bois sculpté de la librairie Loïez? Assurément, non !

« Ce n’est pas la fin, ce n’est pas même le commencement de la fin, mais surement, la fin du commencement ». Cette petite phrase, purement churchillienne, aurait bien pu être prononcée  à l’occasion de chaque épreuve qu’eut à connaitre la ville de Saint-Omer et ses commerces, telles que les multiples guerres destructrices, la fermeture du port fluvial, entre autres… A chaque fois, tout était à recommencer. A chaque fois, il fallut se réinventer, mais jamais ces difficultés n’eurent raison du commerce local. Aujourd’hui, de nouvelles menaces et sources d’adversité interrogent. Pourtant, malgré un tableau qui n’est pas dépourvu d’ombres, éclosent ici et là des opportunités telles que le tourisme plus que jamais florissant dans notre belle et accueillante cité. Rappelons également les forces de nos commerçants indépendants : experts dans leurs domaines, accessibles, proches de leur clientèle, ils ne sont pas avares en conseils et proposent des produits et services de qualité à deux pas de chez nous… Tout en participant allègrement à la vie de la cité et à ses manifestations ! Pourquoi chercher à des kilomètres ce que nous avons déjà, en mieux, à notre porte ?




Auteur: Jérémie FLANDRIN – Article paru dans le magazine Audomarwouah de novembre 2016

Ancienne devanture en bois sculpté – Imprimerie Loiez à Saint-Omer (rue de Dunkerque)

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